L'intelligence artificielle transforme rapidement le monde des affaires, et la pratique du droit n'y échappe pas. En quelques secondes, il est désormais possible d'obtenir un résumé d'une règle de droit, une première version de contrat ou encore une réponse à une question juridique. Cette évolution est remarquable et ouvre la porte à de nouvelles façons de travailler, tant pour les entreprises que pour les professionnels.
Dans ce contexte, une question revient de plus en plus souvent dans nos échanges avec nos clients : « Avec l'intelligence artificielle, aura-t-on encore besoin d'un avocat? »
À notre avis, la réponse est oui, mais probablement pas pour les mêmes raisons qu'il y a dix ans.
L'intelligence artificielle ne marque pas la fin de la profession juridique. Elle marque plutôt le début d'une nouvelle façon de créer de la valeur.
Plus que jamais, la valeur d'un avocat réside dans sa capacité à exercer son jugement, à comprendre la réalité de son client et à l'accompagner dans des décisions qui auront un impact concret sur son entreprise, son patrimoine ou ses projets.
C'est précisément cette évolution qui nous apparaît aussi stimulante que porteuse pour l'avenir de notre profession.
Notre approche de l'intelligence artificielle
Chez Gervais Maison d'Affaires, nous utilisons nous aussi l'intelligence artificielle dans notre pratique quotidienne. Lorsqu'elle est employée de façon responsable, elle constitue un formidable outil qui nous permet notamment de structurer certaines recherches, de comparer différentes formulations, de résumer des documents volumineux et d'accélérer certaines tâches répétitives. En d'autres mots, elle nous permet de gagner en efficacité et de consacrer davantage de temps à ce qui crée une réelle valeur pour nos clients.
Cette évolution s'inscrit d'ailleurs dans un mouvement plus large de transformation de la pratique juridique, auquel contribuent notamment le Barreau du Québec et le Centre d'accès à l'information juridique (CAIJ) par la publication de ressources, de guides et d'outils destinés à accompagner les professionnels dans une utilisation responsable de l'intelligence artificielle.
Chez Gervais Maison d'Affaires, nous intégrons ces technologies dans le respect de nos obligations professionnelles et déontologiques, notamment en matière de compétence, de confidentialité, de secret professionnel et de protection des renseignements confidentiels. L'intelligence artificielle demeure un outil; notre jugement professionnel, lui, demeure irremplaçable.
L'information est devenue accessible. Le jugement, lui, ne l'est pas.
Pendant longtemps, une partie de la valeur d'un avocat reposait sur sa capacité à trouver l'information.
Aujourd'hui, cette information est largement accessible. En quelques instants, il est possible de demander à une intelligence artificielle d'expliquer une disposition législative, de résumer un jugement ou même de générer une première ébauche de contrat. Il s'agit d'une avancée remarquable.
Toutefois, il existe une différence fondamentale entre obtenir une réponse et prendre une bonne décision. Cette différence réside dans le jugement. Le rôle d'un avocat ne consiste pas uniquement à expliquer ce que dit la loi, mais à accompagner son client dans une réflexion adaptée à sa réalité, à ses objectifs et aux risques propres à sa situation.
C'est précisément cette capacité d'analyse, de discernement et de mise en contexte qui ne saurait être automatisée.
Le droit est rarement la seule variable
En pratique, une décision juridique est rarement uniquement juridique.
Elle est souvent influencée par des considérations financières, fiscales, opérationnelles, commerciales et humaines. Faut-il négocier ou mettre fin aux discussions? Accepter un certain niveau de risque ou investir davantage pour l'éliminer? Modifier une convention entre actionnaires dès aujourd'hui ou attendre quelques mois? La réponse dépend rarement d'un seul article de loi; elle repose plutôt sur le contexte d'affaires propre à chaque client. C'est d'ailleurs pourquoi deux entreprises confrontées exactement au même enjeu pourraient recevoir deux recommandations complètement différentes.
Chaque entreprise est unique, tout comme ses objectifs, sa structure, sa tolérance au risque, ses partenaires et sa vision d'affaires. Un avocat ne se contente donc pas d'interpréter une règle de droit : il exerce son jugement.
Les limites actuelles de l'intelligence artificielle
Malgré les progrès impressionnants réalisés au cours des dernières années, l'intelligence artificielle demeure imparfaite. Elle peut parfois interpréter incorrectement une question, omettre une nuance importante ou encore générer des informations inexactes présentées avec beaucoup d'assurance. C'est ce que l'on appelle une « hallucination », soit un phénomène par lequel un outil d'intelligence artificielle produit une réponse erronée ou invente une information tout en lui donnant une apparence de crédibilité.
Le véritable risque ne réside donc pas dans le fait que l'intelligence artificielle puisse se tromper, puisqu'aucun outil n'est infaillible. Il réside plutôt dans le fait que ses réponses puissent sembler exactes et convaincantes. Pour une personne qui ne possède pas les connaissances juridiques nécessaires, ces erreurs peuvent être difficiles à détecter. Voilà pourquoi l'intelligence artificielle ne devrait jamais être considérée comme une source autonome de conseils juridiques. Elle constitue un excellent point de départ, mais ne remplace ni l'analyse, ni la validation, ni le jugement d'un professionnel.
Les obligations de l'avocat demeurent les mêmes
L'utilisation de l'intelligence artificielle ne réduit en rien les responsabilités professionnelles de l'avocat. Bien au contraire, elle exige une vigilance et une rigueur accrues.
À cet égard, l'Association du Barreau canadien rappelle que les avocats demeurent liés à l'ensemble de leurs obligations déontologiques, notamment leur devoir de compétence, de confidentialité, d'indépendance, de supervision et de vérification des résultats. Qu'une analyse provienne d'un stagiaire, d'un collègue ou d'un outil d'intelligence artificielle, c'est toujours l'avocat qui demeure responsable des conseils qu'il fournit à son client.
Le Barreau du Québec adopte d'ailleurs la même approche. Il encourage les professionnels à intégrer l'intelligence artificielle de façon réfléchie et responsable, tout en rappelant que le jugement humain, la protection des renseignements confidentiels et la vérification des contenus générés demeurent essentiels.
Autrement dit, l'intelligence artificielle ne remplace pas les obligations de l'avocat; elle en renforce plutôt l'importance.
Au-delà de la réponse juridique
Au fond, les clients ne consultent pas un avocat uniquement pour obtenir une réponse juridique ou un document bien rédigé. Ils recherchent avant tout un conseiller capable de comprendre leur réalité, leurs objectifs et les enjeux propres à leur situation, afin de les guider dans des décisions qui entraîneront parfois des répercussions importantes sur leurs activités, leur patrimoine ou leur avenir. Ils souhaitent pouvoir compter sur un professionnel qui sait poser les bonnes questions avant même qu'un problème ne survienne, qui anticipe les risques, qui exerce son jugement et qui leur apporte la tranquillité d'esprit nécessaire pour avancer avec confiance.
Au-delà de l'analyse juridique, les clients recherchent également un véritable partenaire de confiance. Un professionnel capable de coordonner les différents intervenants d'un dossier, notamment le comptable, le fiscaliste, le banquier, le notaire, l'assureur ou tout autre conseiller, afin que chaque décision s'inscrive dans une stratégie globale, cohérente et adaptée aux objectifs du client. C'est cette vision d'ensemble, nourrie par l'expérience, le jugement et une compréhension approfondie de la réalité du client, qui crée une réelle valeur ajoutée. Et c'est précisément cette dimension profondément humaine qu'aucune technologie ne peut reproduire.
Une profession qui évolue
Chaque révolution technologique a transformé les professions, sans pour autant faire disparaître l'expertise humaine qui les définit. L'imprimerie n'a pas remplacé les auteurs. Les calculatrices n'ont pas remplacé les comptables. Les logiciels de conception n'ont pas remplacé les architectes. De la même façon, l'intelligence artificielle transformera inévitablement la pratique du droit. Certaines tâches seront automatisées, d'autres seront réalisées beaucoup plus rapidement, et c'est une excellente nouvelle. En réduisant le temps consacré aux tâches répétitives, elle permettra aux professionnels de consacrer davantage d'énergie à ce qui crée réellement de la valeur : réfléchir, conseiller, négocier, anticiper les risques et accompagner leurs clients dans leurs décisions.
À notre avis, l'avenir de la profession juridique ne sera pas moins humain; il le sera davantage. À mesure que l'information devient plus accessible, les qualités qui prennent le plus de valeur sont précisément celles qu'aucun algorithme ne peut reproduire : le jugement, l'expérience, l'écoute, l'éthique, la pensée stratégique et la relation de confiance qui se construit au fil du temps.
L'intelligence artificielle changera certainement la façon dont nous exerçons notre profession. En revanche, elle ne changera pas la mission fondamentale de notre profession. Le rôle d'un avocat demeurera celui d'aider ses clients à prendre les bonnes décisions, au bon moment et pour les bonnes raisons. C'est cette responsabilité, profondément humaine, qui continuera de donner tout son sens à notre pratique.
Le présent article est publié à titre informatif seulement et ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation est unique et mérite une analyse adaptée à son contexte particulier.